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jeudi 14 décembre 2017

Madeleine Berre, "On ne peut pas être un leader sans réussir sa vie privée"

Tech Media News
Madeleine Berre a la réputation d'être une femme à poigne. Un atout certain quand on doit défendre les intérêts du secteur privé.

À 51 ans, mariée et mère de trois enfants, est la première femme à être élue à la tête de la Confédération patronale gabonaise (CPG), porte-parole d’environ 300 entreprises, qui génèrent près de 80 % du PIB national et emploient 90 % des salariés du privé. Fin décembre, le conseil d’administration de l’organisme l’a plébiscitée par 33 voix sur 34 personnes présentes.
Sans surprise
Dans la capitale gabonaise, cette élection n’avait pas surpris. "Elle a toujours été à nos côtés. Elle connaît tous les dossiers et toutes les réformes que nous avons engagées, la maison et ses rouages. Nous sommes dans la continuité", déclarait Henri-Claude Oyima, le président sortant.
Sa défunte mère n’est autre que Rose Francine Rogombé, l'ancienne présidente intérimaire du Gabon en 2009.
Ministre depuis 2015, passée par les cabinets PwC et Deloitte avant de devenir la Présidente de la Confédération Patronale Gabonaise, Madeleine Berre souligne les difficultés des femmes à concilier vie professionnelle et vie privée.

Comme vous l’avez indiqué durant le CEO Forum, vos trois maternités vous ont coûté trois ans de vie professionnelle. Quels obstacles avez-vous rencontrés sur votre chemin ?
Madeleine Berre : C’est une attitude souvent inconsciente chez les hommes et à laquelle les femmes cèdent sans s’en rendre compte. On nous retire des dossiers, on nous met de côté. Dans un univers dominé par la compétition, les femmes préfèrent donc parfois renoncer à leur maternité. Or, on ne peut pas être un leader sans réussir sa vie privée.
Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?
Au début, j’ai pris sur moi. Puis, j’ai carrément dû changer d’environnement de travail. Sans stratégie consciente, je me suis entourée chez Deloitte de femmes que j’ai recrutées pour leurs compétences. Elles avaient les meilleurs CV. Je n’ai jamais eu la volonté de les culpabiliser même si j’étais très exigeante avec elles.
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"De plus en plus de femmes parviennent à des postes à responsabilité, et ce de plus en plus jeunes."
La maternité ne doit plus être perçue comme un facteur de baisse de rentabilité. De leur côté, les femmes ne doivent pas montrer que leur maternité est fatigante. Elles ne doivent pas la penser elles-mêmes comme un retrait. Il m’est arrivé de rappeler l’une de nos meilleures collaboratrices qui était en congé maternité alors que venait de tomber une importante mission chez l’un de nos plus gros clients pétroliers. L’amour de leur travail leur permettait d’y arriver.
Peut-on changer les mentalités ?
Cela va devenir une nécessité. De plus en plus de femmes parviennent à des postes à responsabilité, et ce de plus en plus jeunes. Cela passe par l’éducation, il faut confier davantage de rôles dans la tenue de la maison aux jeunes garçons. Dans notre environnement social et culturel, les femmes ne doivent plus, comme c’est trop souvent le cas, demeurer cantonnées à des fonctions subalternes telles que cuisiner ou assurer les tâches ménagères.

Femmes d’affaires, un leadership engagé

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Encore rares au sein des états-majors, les dirigeantes s’impliquent pour permettre à davantage de femmes d’atteindre les plus hautes fonctions.


La soif d’égalité et de reconnaissance chevillée au corps, ces femmes ont toutes une ambition commune : participer au développement du continent. De Binta Touré, Directrice Générale d’Oragroup, à Rosemary Yeboah, Directrice Exécutive d’Ecobank Ghana, en passant par Ibukun Awosika, Directrice de First Bank of Nigeria, et Janine Diagou, PDG de l’assureur NSIA, Anta Babacar Ngom, Directrice Générale de SEDIMA, de nombreuses dirigeantes africaines ont pris part en mars derniers à Genève aux débats du dernier Africa CEO Forum. 
L’occasion pour Tania Holt, associée chez McKinsey à Johannesburg, auteure en 2016 du rapport "Women Matter Africa" (Les femmes comptent en Afrique), de rappeler que, "bien que 40 % des postes de middle management soient occupés par des femmes sur le continent, elles ne représentent que 5 % des CEO".
"Beaucoup travaillent à chaque échelon, mais peu auront la possibilité d’atteindre le niveau stratégique", poursuit Madeleine Berre, Ministre gabonaise du Commerce, qui, après avoir accompli ses études au Gabon et en France, a passé dix ans chez PwC avant de devenir Directrice juridique de Deloitte, à Libreville.
Et d’évoquer les innombrables obstacles qui bloquent, trop souvent encore, l’évolution de leur carrière et leur accès à des postes de premier plan.
À commencer par les préjugés tenaces sur leurs compétences. "Lorsque j’allais voir la clientèle, on me demandait souvent si j’étais bien la Directrice Générale de la filiale. Cela n’était pas naturel qu’une femme conduise une délégation", poursuit la ministre.

Beaucoup de préjugés

Une fois en fonction, les femmes peinent ensuite à concilier pleinement réussite professionnelle et épanouissement dans la sphère privée.
"Mon employeur estimait que, du fait de ma maternité, je n’étais pas en mesure de suivre nombre de dossiers. On m’a enlevé le suivi de certains secteurs : j’ai été discriminée", témoigne ainsi Madeleine Berre. L’ancienne patronne des patrons gabonais estime avoir perdu trois ans de carrière en raison de ses maternités.
C’est avant tout, pour Rosemary Yeboah, une affaire d’éducation "qui cantonne les filles à un rôle secondaire et ne les incite que trop peu à prendre la parole en public".
Mais le principal aspect se dégageant de ces échanges, c’est que les dirigeantes africaines savent prendre leur destin en main et montrer que la situation n’a rien d’insurmontable.
Si, la plupart du temps, elles se cooptent pour intégrer des conseils d’administration, "elles ont aussi su créer des outils, comme le Boardroom Africa, lancé par la Sud-Africaine Marcia Ashong, qui doit constituer une base de données de femmes très qualifiées, ou le Women’s Investment Club Sénégal, dont l’objectif est de devenir un capital-risqueur consacré aux projets portés par la gent féminine", souligne Oulimata Sarr, conseillère régionale d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Des initiatives que ces dirigeantes comptent développer dans les prochains mois. "Ces femmes avec de hautes responsabilités représentent toutes les femmes, car leurs décisions affectent le continent entier", estime Oulimata Sarr.

Un équilibre vie personnelle et vie professionnelle pour les femmes

Ayant noué des liens étroits durant la session, elles ont émis plusieurs recommandations en vue d’améliorer l’accès des femmes aux postes de décision, prônant la systématisation des mentors, la promotion de la flexibilité des horaires pour "établir un bon équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle", et la mise en place de mesures promouvant la mixité dans les conseils d’administration, comme cela a déjà été fait au Rwanda.
Mais, selon Jennifer Blanke, vice-présidente de la BAD pour l’agriculture et le développement humain et social, "il ne s’agit pas seulement de gravir les échelons mais de savoir quoi faire une fois arrivée au sommet", et donc de construire une autre manière de manager. "Un leadership engagé", juge Oulimata Sarr.